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Ousseynou Bodian, un jeune soldat du feu se raconte : sa première mission, l’intérêt des filles pour son uniforme, sa gémellité … (PORTRAIT

Après son échec au Bac, en 2014, Ousseynou Bodian (24 ans), s’est très vite remobilisé pour embrasser une carrière de sapeur-pompier. Une reconversion réussie puisqu’il est aujourd’hui un maillon important du dispositif de ce corps. Et son ambition, c’est de réussir à se hisser  au rang de Major. De Bango à Fass Mbao, voici l’histoire d’un jeune homme qui, à l’heure où son frère jumeau et ses camarades se trouvent dans des amphis a, lui, choisi de sauver des vies. Une vocation dont il s’en accommode tant bien que mal.  Même si le jour de son baptême de feu, son premier jour sur le terrain d’opération notre soldat du feu  était terrorisé  à la vue des dégâts causés par un accident. Mais le temps faisant son oeuvre, cette peur n’est qu’un vieux souvenir. Son  uniforme qui renseigne clairement sur sa  profession est une attraction pour les jeunes filles.

Fass Mbao, Caserne des sapeurs-pompiers, à quelques kilomètres de Dakar. C’est la première fois que j’y allais en cette fin d’après-midi. Arrivé au rond-point après un long trajet, une virée à droite, suivant les indications de mon correspondant Ousseynou Bodian et me voici en plein dans la zone dite «Franche industrielle». J’aperçois de prime abord trois grandes portes d’accès à ce vaste secteur. Marchant d’un pas hésitant, j’aperçois très vite 3 camions-citernes peints en rouge et blanc, emblématiques couleurs des sapeurs-pompiers. J’y suis sans nul doute. Enfin rassuré.

Dès mon entrée dans le centre, un jeune homme  vient à ma rencontre. La vingtaine passée, un teint clair et un physique imposant, il dégageait une assurance et sérénité sans pareil dans sa démarche. C’est bien Ousseynou, le soldat de feu qui m’attendait.

Vêtu d’un short et d’un T-shirt en toute simplicité, on aurait dit un ado en partance pour la plage. Mais cette décompression affichée n’est que façade. Sa vocation, qui le confronte chaque jour à des situations extrêmes (détresse, mort), le met en permanence ou presque sous-pression. Qu’importe ! Ousseynou se sent malgré tout comme un poisson dans l’eau.  «On est tout le temps confronté à des gens qui sont dans le besoin, mais j’ai toujours voulu aider mes semblable depuis mon enfance», convient-il.

Baccalauréat : quand l’échec se transforme en opportunité

Ce qui est certain, l’univers des godasses et des rangers n’est pas totalement une découverte pour le jeune homme. Né d’un père militaire, Ousseynou a passé son enfance dans un camp militaire. Ceci a dû contribuer à nourrir son rêve et à forger sa vocation qui pourtant, apparaît vraisemblablement comme un deuxième  choix après son échec au Bac.Ousseynou Bodian, alias Ouzin a vu le jour le 11 mai 1993 à Saint-Louis. Il passe son enfance à 10 km de la ville, à Bango. Quartier saint-louisien qui abrite le camp militaire, l’aéroport de Saint-Louis, le prytanée militaire Charles Ntchorere et le ranch le plus grand du Sénégal.

Issu d’une famille composée de 3 filles et 4 garçons, Ouzin est un jumeau. Son second Assane qui a opté pour une formation plus longue est encore étudient au Département d’anglais, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).  Leur relation autrefois conflictuelle, lorsqu’ils étaient enfant, est  aujourd’hui très stable.  Une relation fusionnelle que Ouzin  qualifie de « parfaite« . «On arrêtait pas de se chamailler plus jeune, mais c’est lui qui me cherchait», se justifie , tout sourire Ouzin, en l’absence de Assane qui aurait peut-être livrer sa version. «Avec le temps, on est devenu très ami. Maintenant, c’est mon confident, ma moitié», confie-t-il.

Élève, c’est à l’école Télémaque Sow qu’Ousseynou décroche son BFEM avant d’être admis au collège Charles De Gaulle (Seconde et première), puis Samba Lingère (Terminale). De ce fait, élève, il ne connaissait que Saint- Louis si ce n’est quelques voyages en Casamance, région d’origine son père et lieu de résidence de ses grands-parents.

Après 9 mois d’études et des perspectives d’université plein la tête, Ousseynou  et son frère jumeau ne réussiront pas à décrocher le BAC en 2014, à  leur grand désarroi. Mais pour  le futur sapeur-pompier,  rien n’est perdu. Et il ne fallait surtout pas «perdre encore une année» à vouloir recommencer la Terminale.  «Cet échec m’a forcé à regarder toutes les opportunités qui se présentaient  à moi», confie-t-il. C’est donc en partie,  cet échec qui a catalysé son projet d’intégrer le corps des hommes en uniforme. Car, en effet, faire carrière dans ce corps lui avait toujours taraudé l’esprit depuis son jeune âge et à juste titre. «De chez moi, on entendait chaque jour les militaires chanter, du matin au soir. J’étais stupéfait», se remémore-t-il.

Mais si Ousseynou a décidé d’aller dans l’armée, c’est aussi pour prouver à son géniteur, un militaire encore en fonction, que lui aussi était capable de réussir dans l’armée. En suis, il y a  chez le jeune homme un côté générosité, humanité et philanthropie.  Bref la propension à venir en assistance aux autres.

Mon mémorable baptême de feu

Après 4 mois de dur labeur à Bango, dans le 12ème bataillon, où l’on forme les nouvelles recrues militaires, Ousseynou dit s’être  forgé «une carapace plus dure que du béton». Un parcours, qui va lui  permettre de faire ses preuves au camp Thiaroye d’abord, avant d’être affecté  à celui de Fass Mbao. Bien qu’il se fût forgé un caractère de dur à cuir, le jeune sapeur-pompier n’oublie toujours pas ses débuts difficiles, aux antipodes de l’idée qu’il se faisait du métier.

Etre dans son uniforme de sapeur-pompier, c’est cool et élégant et ça attire surtout les demoiselles, mais opérer sur le terrain, c’est une autre équation. Ousseynou Bodian se rappelle encore la frayeur de sa première  intervention : «J’avais le trac et je tremblotais. Je priais pour tomber sur un cas simple».  Mais manifestement, la prière n’a pas produit d’effet escompté.  Ousseynou se retrouve face à un accident grave. «Comme pour me souhaiter la bienvenue, j’ai trouvé un corps sans vie sur les lieux. Ce soir-là, j’ai ni mangé, ni dormi de la nuit», se souvient-il.

Son malaise et sa fragilité sont compréhensible. D’autant que, plus jeune, quand Ousseynou apprenait le décès d’une personne dans son environnement, il se blottissait chez lui des jours durant, tout angoissé. Mais dorénavant, le devoir professionnel l’oblige, non seulement à être tout près des morts, mais à les toucher, les transporter parfois.

Très vite le jeune  homme se rend compte qu’il va devoir  mobiliser ses ressources psychologiques et son énergie mentale afin de prendre les choses en main. Puisqu’il n’ignore pas que les sapeurs-pompiers ne doivent «pas montrer leurs peurs et leurs faiblesses devant des gens en détresse», qui ont besoin d’aide.

Des connaissances suffisantes acquises

Pendant la formation, Ousseynou Bodian a emmagasiné beaucoup de connaissances médicales sans avoir jamais été à l’université,  a fortiori avoir étudié la médecine. Quand de manière expresse, je lui demande comment cela est possible,  d’un sourire ironique, il me rétorque, sans détour, que la plupart des gens, habituellement pensent que les militaires sont des ignorants, ne sachant que guerroyer. «Ce qui est loin d’être le cas. On a appris beaucoup de choses», assure le  jeune soldat de feu.

Selon lui, même dans des hôpitaux, plusieurs médecins se demandent comment les sapeurs-pompiers font pour «savoir autant de choses», relevant du domaine médical. Mais la vérité est que les sapeurs-pompiers reçoivent une formation y afférent, en étudiant plusieurs matières : anatomie,  réactions chimiques, secourisme, modes de propagation et d’extinction des incendies. Par exemple, «il y a une manière spécifique d’éteindre un incendie»,  explique-t-il. Ousseynou tente de clore ce débat relatif à sa première intervention et le background des militaires devant ses camarades qui eux aussi étaient surpris par ma question.

 Transmetteur, «je ne verrais plus les morts»

Mon interlocuteur ne m’avais pas dit plus tôt  que quelques jours auparavant, il a changé de poste qui le maintient loin des images violentes. D’un geste des bras et tout souriant,  comme pour exprimer sa fierté, il m’annonce. «Je ne verrai plus les morts !». Sur le coup, je n’avais pas compris et je le relance.  C’est ainsi qu’il me fait part de son  affectation au Bureau des opérations et des transmissions (Boa).

Le Boa c’est en quelque sorte le centre d’appel des sapeurs-pompiers. Un maillon important du processus d’assistance, car  les transmetteurs sont les yeux des équipes d’intervention.

Lorsque l’on compose le numéro 18, ce sont des transmetteurs qui prennent l’appel et répercutent l’information. En cas d’incendie, ce sont les transmetteurs qui alertent les véhicules d’incendies, les fameux trois camions citernes positionnés à l’entrée du centre. En cas d’accident, c’est toujours eux qui préviennent les véhicules d’intervention. Une fois sur les lieux, les agents d’intervention sont tenus de rendre compte de la situation avec précision aux transmetteurs : nombre de blessés, type de blessures, morts…

Ensuite, les transmetteurs appellent l’hôpital le plus proche, pour annoncer l’arrivée d’un blessé avec une description des blessures. Ceci permet à l’hôpital de se préparer pour une prise en charge la plus adaptée.

Toutefois,  le choix de l’hôpital n’est pas  toujours une simple affaire pour les soldats du feu. D’abord, c’est à la suite d’un triage que les ambulances sont redirigées.  Par exemple, pour les traumatismes crâniens, l’hôpital de Fann est le mieux adapté.

Le procureur entre dans la danse

Parfois plusieurs hôpitaux n’acceptent pas certains blessés, surtout lorsque les chances de survie semblent minces de «peur de se trouver avec un mort entre les mains». Dans ce cas de figure,  des dispositions sont prises. Si aucun hôpital ne veut prendre un malade.

Lorsque  de tels cas arrivent, les transmetteurs se doivent d’appeler le Procureur, afin que  ce dernier « force la main»  aux hôpitaux d’accueillir  le blessé.

 Fier de son parcours, Ses parents ne le sont pas moins. Mais d’autres défis l’attendent Ousseynou Bodian. « Quand je regarde les choses que j’ai accompli dans ma vie, j’ai les larmes aux yeux » déclare Ouzin, ému. Ambitieux, il dit viser  le poste de Major dans la hiérarchie des sapeurs-pompiers. C’est «le rêve ultime » qu’il compte réaliser contre vents-et-marrées. Il veut se donner les moyens d’y arriver.

Malgré le sérieux de leur métier, les sapeurs-pompiers sont parfois confrontés à des fausses alertes de plaisantins.  Des «appels anonymes» sollicitant  du secours. Mais quand les soldats du feu déploient leurs arsenaux et arrivent sur le lieu indiqué, ils ne trouvent rien. Malheureusement, les sapeurs-pompiers n’ont pas encore la possibilité de détecter  les personnes qui se rendent coupables de ce genre de comportements.

Senenews. 

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